Mathilde de Flandre : la reine Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant

Fille du comte Baudouin V de Flandre (+1067) et d’Adèle de France, petite-fille du roi des Francs Robert II le Pieux (+1031), Mathilde peut s’enorgueillir de compter parmi ses ancêtres plusieurs rois, toute la lignée des comtes de Flandre et même l’empereur Charlemagne en personne.

 

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Aux yeux de Guillaume de Normandie, fils bâtard du duc Robert le Magnifique, cette ascendance glorieuse a sans doute une importance capitale : ses propres enfants ne connaîtront ainsi jamais les difficultés liées à une naissance illégitime et sans prestige.

Duchesse de Normandie

Mathilde épouse Guillaume sans doute à Eu vers 1050. Ce mariage soulève un temps la réprobation de la papMathilde de Flandreauté. On évoque la consanguinité comme la raison majeure de l’opposition du Saint-Siège, mais il y a probablement à l’arrière-plan des motivations purement politiques. Cela n’empêche nullement Mathilde de signer, dès 1051/1052, nombre d’actes ducaux au premier rang des témoins, ce qui souligne l’importance qu’on lui accorde. Jamais elle n’est cependant qualifiée de duchesse. On parle d’elle comme de la comtesse (comitissa), de l’épouse (uxor) ou de la conjointe (conjux) de Guillaume. Très vite elle donne à son mari un héritier, le jeune Robert (futur Robert II Courteheuse). Beaucoup d’autres naissances suivent entre 1052/1053 et 1068/1069 : le couple a quatre fils (Robert, Richard, Guillaume et Henri) et cinq ou six filles (Agathe, Constance, Adèle, Cécile, Mathilde et peut-être Adelise).

Reine d’Angleterre

Lorsque Guillaume part à la conquête de l’Angleterre (1066), c’est à Mathilde qu’il confie le soin de gouverner la Normandie. Celle-ci lui fait d’ailleurs à cette occasion un cadeau superbe : le Mora, navire représenté sur la Tapisserie de Bayeux. Elle le rejoint outre-Manche en 1068 et est couronnée reine dans l’église abbatiale de Westminster, le jour de la Pentecôte. Elle accouche dans l’île de son dernier fils, Henri Beauclerc, en 1068 ou en 1069.

Mathilde reste cependant le plus souvent en Normandie pendant les absences répétées de son époux. La raison en est simple : entre 1070 et 1080, c’est elle qui assume généralement les responsabilités dans le duché. Malgré l’existence d’un corpus de légendes métamorphosant Guillaume en fiancé et en mari violent, le couple semble filer le parfait amour pendant plus de trente ans. On ne connait à Guillaume aucune aventure extra-conjugale et les échos d’une seule dispute authentique sont parvenus jusqu’à nous.

Bienfaitrice de l’Eglise

Comme toutes les grandes dames de son temps, Mathilde utilise ses immenses richesses pour combler les établissements religieux de ses largesses. Elle fonde ainsi l’abbaye de la Trinité, à Caen (Abbaye aux Dames). Elle offre des sommes d’argent et des objets précieux à Saint-Évroult (Orne), à Marmoutier (Indre-et-Loire), Saint-Corneille de Compiègne (Oise), l’abbaye de Cluny (Saône-et-Loire), l’abbaye de la Chaise-Dieu (Haute-Loire)…

Mathilde décède de maladie au début du mois de novembre 1083 et est inhumée en sa chère abbaye de la Trinité. Ses restes y reposent toujours. Le moine anglais Guillaume de Malmesbury affirme qu’elle laisse derrière elle un veuf inconsolable : « Pleurant à profusion pendant de nombreux jours, il montra à quel point il ressentait vivement sa perte. De plus, depuis ce temps, si nous accordons du crédit à ce qui nous a été rapporté, il s’abstint de tout plaisir. »

Documentation liée à l’ouvrage

(passer la souris sur les illustrations pour lire les légendes)

La reine Mathilde dans le Domesday Book (1086)

Le Domesday Book est un énorme recensement de presque toutes les terres du royaume d’Angleterre, réalisé en 1086. Seuls les comtés de l’extrême nord ne semblent pas concernés. Les enquêteurs doivent comparer le rendement de chaque domaine entre le temps du roi Edouard le Confesseur (+5/01/1066) et la fin du règne du Conquérant, mais aussi consigner le nom de l’ancien propriétaire et celui du maître actuel. En théorie, Mathilde décédée en 1083 ne devrait pas y figurer. Elle est cependant mentionnée à plusieurs reprises comme la détentrice passée de certains établissements.

Elle semble notamment avoir récupéré une large partie des terres d’un certain Beorhtric. Deux textes tardifs (Continuation du Brut de Wace et Chronique de Tewkesbury) lui prêtent des amours déçues avec cet homme, qui motivent une terrible vengeance une fois qu’elle devient reine d’Angleterre. Derrière une improbable histoire sentimentale, se cache sans doute un cas concret de spoliation d’un noble saxon au profit de la nouvelle souveraine.

Transcription : « XVII. Terra Rogerii de Busli : Rogerius de Busli tenet de rege Sanforde. Brictric tenebat T.R.E. (Tempore Regis Edwardi). 7 (et) geldebat pro III. hidis 7 dimidia. Terra est XII. carucis. In dominio est I. caruca et VI. servi 7 XX. villani 7 VIII. bordarii cum IX. carucis. Ibi XXX. acrae prati 7 CL. acrae pasturae 7 IV. XX. acrae sylvae. Olim C. solidos. Modo valet X. libras. Regina dedit Rogerio cum uxore sua. »

Traduction : « XVII. Terre de Roger de Busli : Roger de Busli tient du roi Sampford Peverel. Beorhtric le tenait au temps du roi Edouard. Et il payait l’impôt pour 3 hides et demi. Il y a de la terre pour 12 charrues. Dans le domaine, il y a 1 charrue et 6 esclaves et 20 vilains et 8 bordiers avec 9 charrues. Il y a là 30 acres de prairies et 150 acres de pâtures et 80 acres de forêt. Autrefois 100 sous. Maintenant cela vaut 10 livres. »

Le Tombeau de Mathilde

Il fut détruit et reconstruit à trois reprises. Voici les quatre tombeaux successifs (le premier est seulement présumé).

Premier tombeau ?

Second tombeau

Troisième tombeau

Quatrième tombeau

Le tombeau actuel est simplement recouvert par la plaque-tombe d’origine, portant l’inscription suivante :

« Cette belle tombe abrite dignement, Mathilde, de mœurs insignes et de lignage royal. Le duc de Flandre était son père, et sa mère Adèle, fille du roi des Francs Robert, et sœur d’Henri qui posséda le trône royal. Unie en mariage au magnifique roi Guillaume, elle fonda cette abbaye, et fit construire cette église, qu’elle dota de tellement de terres et d’ornements dignes et qu’elle prit soin de consacrer. Consolatrice des pauvres, amie de la piété, en dispersant ses trésors, elle fut pauvre pour elle-même et riche avec les pauvres. Ainsi elle gagna la vie éternelle, le premier jour de novembre après les lueurs de prime. »

© Stéphane William Gondoin – www.normannia.fr